[Sortie artistique] Salon Aquasol 2016 Douai – Inélégante organisation

Salon Aquarelles Compte Rendu

(c) Roland Palmaerts (c) Eugen Gorean

Un artiste, quelque soit le domaine, se cache dans chaque personnalité à condition de pouvoir alimenter l’oeil critique de chacun et de savoir où le guider. Les articles « Sorties artistiques » s’imprègnent d’un idéal : amener l’Art à la portée du regard curieux et avide d’expressions nouvelles ou inhabituelles.

La ville de Douai, située dans la région Nord-Pas-de-Calais devient chaque année, le temps de 8 journées, un haut lieu passionné où aquarellistes passionnés et internationalement distingués peuvent se retrouver grâce à l’initiative de l’association Aquasol. Depuis 1999, le groupe associatif étend son nom à la tenue d’une exposition annuelle dédié à l’intérêt exclusif de l’aquarelle, libre et gratuite, afin de contribuer au rayonnement d’une technique artistique transparente, subtile, délicatement illuminée par un équilibre entre eau et couleur pigmentée. Près du beffroi de l’hôtel de ville, les salles sculptées et boisées d’Anchin accueillaient une brillante intention artistique malheureusement usée de s’organiser dans sa 17e édition. 

Ambition internationale, accueil amateur.

Aquasol Mars 2016 Photographies
Les livres d’artistes étaient proposés à la vente … Dans un nombre très limité d’exemplaires.

Dans l’Art, une mauvaise mise en scène peut gâcher l’appréciation de talents émérites. Ouvert à toutes les sensibilités, aux habitués  autant qu’aux peintres amateurs, les salles d’Anchin résonnaient en inadéquation avec la réunion de 10 talents européens volontaires et une gestion minimaliste, approximative et éloignée de la notion même de passion. En guise de catalogue d’exposition, l’association Aquasol résume arbitrairement chaque artiste à sa simple identité et à une oeuvre présente lors du salon : une démarche simplifiée à son plus simple appareil.

Photos Aquasol Douai 2016
Aucune oeuvre ne dispose de titre ou de précision. Si les artistes invités ont des styles très clairs, un minimum de présentation était nécessaire.

La même absence d’effort régnait dignement auprès de chaque tableau : inutile de chercher un quelconque titre ou un éventuel détail sur les origines des peintres conviés à démontrer leur savoir-faire dans le domaine pictural. Le panorama se parachève par une ardeur éteinte : si des livres supervisés et rédigés par les artistes eux-mêmes étaient disponibles à la vente, les quantités se limitent à proposer les derniers ouvrages sspécimen dont les prix ont tous subi une hausse tarifaire inexpliqué. Difficile d’expliquer pourquoi un prix éditeur de 23,25€ s’arrondit mystérieusement à 25€ dans le cas très précis de l’ouvrage Le monde de la couleur illustré à l’aquarelle de Roland Palmaerts.

L’accueil accorte étant central, une part de la raison d’être du Salon se perd dans un flou artistique désagréablement surprenant. Parallèlement, la même semaine, l‘exposition Alizarines de L’Haÿ-les-Roses accueillait des artistes communs et contrastait chaleureusement. (Exposition à retrouver prochainement sur le Blog LaMaisonMusee.com )

Un flou artistique au sens de l’eau.

Aquarelles Chantal Malfait
(c) Chantal Malfait. Quelques artistes amateurs de l’association Aquasol présentaient leurs oeuvres. Aucune mention, avec regrets, ne le précise. La seule mention discrète de l’affiche « 10 invités d’honneur … Et les artistes d’Aquasol. »

Le Salon d’Aquarelles de Douai parvenait à réunir 10 artistes d’honneur aux visions différentes entraînant avec eux des lectures variées de l’édition 2016 d’Aquasol. En légende plus que discrète de l’affiche, les visiteurs étaient invités à découvrir les talents des adhérents de l’association. Maladroitement, faute de précision, le regard opère des distinctions de niveaux malencontreuses et inadaptées dans un lieu voué à la découverte. Quelques membres d’Aquasol (Chantal Malfait, Rosières Szymkowiak, Martine Humbert …) partageaient leurs interprétations. Manquait à l’appel des mentions de parcours, de courtes biographies introductives afin d’éviter l’effet de noyade parmi les artistes professionnels renommés placés en tête d’affiche.

Martine Humbert signait des aquarelles d’une précision réaliste. Dans deux scènes instantanées, reflets et détails incitaient volontiers à se fasciner de scènes quittées de toute vie revigorées de rehauts chaleureux. Il aurait fallu signaler et rappeler, au regard d’aquarellistes amoureux déplacés pour l’événement, à quel point le sens entre professionnalisme et le statut amateur ne doit en rien être nié ou être un élément oublié. Puisque la frontière des deux appellations existe alors que les exercices et l’aboutissement recherché sont les mêmes, la passion communicative d’un parcours autodidacte justifie d’être doublement saluée.

Salon international Douai 2016
Grâce à du sable coloré, le but recherché d’un regard interpellé fonctionne. A l’exemple de la photographie, l’oeuvre en elle-même n’est plus au centre des attentions : les yeux se dirigent (plus ou moins naturellement) vers l’artifice.

Dédié à la pratique unique de l’aquarelle, le salon Aquasol épandait l’extrême limite de la noblesse artistique d’un art où la perception se charme, entre autres, par la transparence lumineuse. Quelques expérimentations s’essayaient à substituer l’éclat lumineux des jeux de blancs par des accessoires visuels tels que du sable coloré ou des fils artificiellement brillants.

Douai International Aquarelles
Problèmes de transport ou inattention lors de l’exposition ? Le plus douloureux constat revient à l’artiste en question, soucieux de présenter une oeuvre au public et l’ensemble des éléments impliqués à ce choix.

La réunion de personnalités européennes, justificatif de l’appellation « salon international« , avait à souffrir d’imprécisions inadaptées à la hauteur de la manifestation. Dans un lieu calme au demeurant, les sous-verres fêlés et les passe-partout détachés empiétaient partiellement sur l’appréciation de l’exposition.

Internationalement vôtre, Aquasol mène une ambition mal informée où le parcours des artistes autodidactes et confirmés ne peut ni se confondre aux invités d’honneur, ni être distingué. La solution n’était pas dans la distinction mais dans l’information voire l’explication commentée de l’exposition afin de comprendre et d’interpréter sans se soucier à chercher le sens de pratiques parfois en rupture dans un seul et même espace de démonstration.

10 artistes à (re)découvrir dans la sensibilité du lavis.

Aquarelliste Odette Feller
(c) Odette Feller. Odette Feller exprime volontiers un dépaysement artistique. L’invitation au voyage guette un peu plus chaque réalisation exposée au Salon International de Douai.

Soumises à notre vue, s’ajoutaient dix sensibilités empreintes d’habitudes abouties en styles artistiques distinctifs. L’émotion ne se lasse pas de (ré)apprécier la liberté nettement travaillée de profonds paysages inspirés par la lumière d’Odette Feller.

Aquarelles Marc Folly Douai 2016
Marc Folly offrait un style auto-suffisant où les luminosités caractérisent un style, une ambiance et dégagent un souffle insoupçonné.

Suffisantes à elles-mêmes, la technicité des scènes de Marc Folly transposent une vivacité colorée à même rendre tout éclairage superflu.

En mettant un honneur à ne jamais s’échouer dans le procédé, chaque témoignage floral réalisé par Jean-Claude Papeix nourrit des visions florescentes entre le figuratif précis des pétales et l’abstraction mouvante coulée à la pigmentation vive. Essentielle salué au Salon international d’Aquarelles de Douai pour ses expressions naturelles et boisées, Fernand Thienpondt dépeint la vie urbaine sous des airs électrifiés, saturés, tendres et rassurants dans le tumulte londonien ou la sagesse de scènes plus industrielles.

Roland Palmaerts Artiste Douai International
(c) Roland Palmaerts. En une oeuvre, des dizaines de techniques contribuent à un effet illustratif, vivant, mouvant et illusoire du plus bel effet.

L’aquarelle devient un noble art de l’illustration absolue sous les pinceaux de Roland Palmaerts. Equilibré et précis, le rendu terminal amène à être guidé dans un imaginaire peuplé de morceaux de vie (Scènes de marché, espaces urbains …) où la suggestion coudoie de rares tracés légers et dessinés. Les teintes pesées atteignent une chaleur à apprécier pour leur exécution pensée avec la recherche passionnée d’atmosphères à revivifier.

Collection Eugen Gorean Aquarelle
(c) Eugen Gorean. Eugen Gorean, peintre d’origine moldave, nous donnait une vision rassurante et absolument aboutie à seulement 24 ans. Il faisait partie des artistes remarquablement étonnants du salon intenational de Douai.

A 24 ans, Eugen Gorean affirme des années d’expérience digne des peintres actuels les plus confirmés. Alliant le plaisir de la monumentalité architecturale à l’effort dosé de sources d’inspirations pensées pour leur attirance pigmentée. La pierre prend la forme de microcosmes, d’écrins vivants imaginés à vivre et à découvrir volontiers jusqu’à s’en perdre dans les moindres recoins détaillés.

Prix Oeuvres Eugen Gorean
(c) Eugen Gorean. Eugen Gorean proposait plusieurs œuvres impressionnantes.

A demi-mot, le salon international Aquasol ne convainc pas par son organisation tout en réalisant son idée première de rassembler des créateurs fascinants, nouveaux (Eugen Gorean) et des habitués sollicités pour ce statut. (Roland Palmaerts, Jean-Claude Papeix, Odette Feller, Fernand Thienpondt et les 5 autres artistes à suivre.) La lorgnette du professionnalisme mise en avant, les talents amateurs distingués ne déméritent pas un instant par une passion tendrement retransmise de Martine Humbert.

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3 réflexions sur “[Sortie artistique] Salon Aquasol 2016 Douai – Inélégante organisation

  1. Croyez que j’apprécie votre très fine analyse. Elle nous sera utile.

    Je me permets juste quelques compléments d’informations venant de « l’autre coté ».
    il y avait parallèlement à l’exposition, l’organisation de stages et de démonstrations gratuites. vous avez occulté, cette facette de l’événement.

    A l’heure de l’information rapide, sachez que certaines informations même simplistes arrivent parfois bien tard. Nous avions, pour cette première édition, évité au maximum les sources de complication. Le catalogue tarifaire donnait les noms et prix des œuvres.

    Le catalogue « artistique » se voulait plus un « souvenir » qu’un livre d’art et d’information, le prix (8 euros) est d’ailleurs en rapport.

    L’association n’était qu’un relai vis à vis des produits dérivés des artistes, chacun pourra demander aux artistes auteurs le pourquoi des tarifs dont je doute que TOUS aient subi une hausse. Si cette hausse existe l’association n’y est pour rien.

    Peut être aurions nous pu rendre le parcours plus littéraire, explicatif ? ce n’a pas été notre angle de présentation, c’est un choix assumé. Qui pourra être discuté et peut être revu si une édition nouvelle existe un jour.

    1. L’article aurait dû paraître un peu plus tôt. Le calendrier est un peu compliqué en ce moment. (La visite date d’il y a un peu plus d’une semaine en réalité.)

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