[Critique] Deadpool Le Film – Ryan Reynolds broie le Quatrième Mur

Avis Spectateurs Deadpool 2016 Le Film

Produire pour créer des réalisations à la chaîne a fini par être un procédé rodé des studios MARVEL. Pour les lecteurs des aventures de Deadpool en comicspersonnage digne d’une vanne à soupape du puritanisme des maisons d’édition Marvel, c’était un modèle inconcevable. Dans un concentré de 107 minutes après montage, Deadpool Le Film se devait de réunir le grand public tout en respectant les passionnés sous peine de trahir la personnalité d’un franc-tireur de la bande-dessinée américaine.  Un pari réussi où Ryan Reynolds, l’homme dans le costume, est porté en grâce par le moyen d’un film taillé sur-mesure. L’adage hitchockien veut qu’un bon scénario tienne par une tension maintenue dans les mains des vilains est toujours de rigueur et entraîne Deadpool dans des trous d’airs regrettables. Roi d’un vocabulaire grossier imagé, incontestable dans ses pitreries, le surhumain manquerait presque d’air dans des passages plus conventionnels dommageables.

« Qui veut la peau de Deadpool ? »

Blog Deadpool Le Film The Movie
L’humour plaît ou ne plaît pas : il n’y a aucune demi-mesure avec le surhumain Deadpool … On ne peut pas vraiment lui en tenir rigueur : le personnage original est ainsi.

Deadpool Le Film mâtine l’intrigue d’aventures grasses à consulter dans des mensuels illustrés ou des tomes consacrés à sa personnalité tout en reposant sur un humour de cour de récréation où l’urine se mêle sans problème à l’exagération d’un sang façon ketchup. Tout critique sera écartelé entre le plaisir d’une adaptation fidèle et une saynète d’1h40, un prétexte simple à des blagues gonflées aux lipides et des mésaventures inhabituelles rendues banales par Deadpool. Avec le logo « Déconseillé aux moins de 12 ans », Deadpool Le Film s’exposait possiblement à un compromis à propos du langage qui structure toute la cohérence du personnage. Le résultat est quasi sans concession(s) en tenant compte des deux types de spectateurs précités : dès l’introduction, l’irrévérence est gravée sur pellicule (« Le réalisateur trop payé » est précédé au générique du « Caméo prévisible » pour désigner Stan Lee …) sans tomber dans la facilité d’un récit linéaire. (Par des astuces, la naissance de Deadpool est traitée comme une parenthèse dans une scène d’action.)

Citations Deadpool Le Film
Ni super-héros, ni super-vilain, Deadpool est une synthèse bien retranscrite entre la noirceur des maisons DC Comics et l’angélisme des éditions Marvel.

Véritable dictionnaire de la grossièreté à lui seul, Deadpool est transposé à l’écran dans son état le plus brut : les tutoiements au spectateur se complètent par une double personnalité suggérée. (« Pas bien, Deadpool ! » suivi d’un « Bien, Deadpool ! », jeux discrets sur les voix …) L’appréciation de Deadpool, un caractère dont le film se nourrit à 90%, ne tient qu’à une lubricité et à un humour noir : un tandem en fausse roue libre (La raison d’une limite « Moins de 12 ans ».) foncièrement diviseur pour un public non habitué.

« Préliminaires accomplies ! » pourrait résumer l’adaptation d’un esprit adolescent dans un costume moulant. Si Marvel Studios peut rajouter une ligne à ses expériences réussies grâce à Deadpool : Le Film, les choses se gâtent lorsque l’on s’intéresse de près au contenu et aux annexes qui déclassent la réalisation en « bon film« .

« Cachez ce vilain que je ne saurais voir ! »

Decors Deadpool Le Film Nombre
Si l’on s’amuse à compter les différents décors … Le budget de Deadpool n’est pas consacré à cela. Cette particularité concorde avec l’idée d’une comédie à grosses ficelles, où un personnage éblouit momentanément par son incongruité.

Il n’est pas dans les habitudes de Deadpool d’officier dans des histoires complexes. Professionnellement, les récits routiniers de Deadpool finissent bien ensanglantés, en ayant le dernier mot, pour mieux convenir au teint rouge et noir du bonhomme. Aucun rehaut, aucun espoir n’est apporté par un duo principal paritaire, deux vilains d’occasion au regard méchant et aux pouvoirs extraordinaires. Pétris de paroles vides, Deadpool gagne haut la main le duel du charisme : même s’il s’agit du but affiché, tout spectateur était en mesure d’attendre plus de la part du caricatural et machiavélique Francis. (Oui … Il n’y a aucune erreur sur l’identité du personnage à affronter.)

Vanessa Vie Deadpool
L’idée était excellente à l’écran. Wade Wilson (Vrai nom de Deadpool) et Vanessa partagent de tendres moments souvent décalés. Dont celui-ci, simple mais bien trouvé !

Bien-sûr, tout cela est volontaire. Bien-sûr, il y a là un rempart plutôt maladroit pour cacher un sérieux manque d’efforts. Leur présence pataude et leur existence seule se concentre autour de Deadpool : dès lors, leur seule issue sera le kidnapping, notre soupir de soulagement sera leur disparition de l’écran. A la fin des fins, l’impact de ces deux coquilles vides levées du pied gauche pèse sur l’échelle du film avec une certaine gêne : tout ce boucan pour ça ? La perfection morale de Marvel rogne les angles de la carte blanche de ce cher Deadpool : en conséquence de quoi l’amour triomphe de toutes les différences, avoir des super-pouvoirs permet de rejoindre un club fermé d’amis prêts à risquer jusque leurs vies … pour affronter le Mal. 

Deadpool sacrifie une façade quasi malsaine du code héroïque prôné par le club fermé des héros comics. Deadpool : Le Film étincelle sagement pour éviter la censure … Tim Miller, réalisateur du film, a souhaité donner une autre impulsion à certaines conventions. Sur ce point, l’analyse révèle un second sens finalement passionnant et capable de s’additionner au cahier des charges de la personnalité de Deadpool.

Analyse psychanalytique de Ryan Reynolds.

Licorne Deadpool le film
« on casse les codes! » Une promesse plutôt réussie dans l’ensemble pour façonner un film Marvel différent.

Outre le bon divertissement technique et humoristique de Deadpool, le long-métrage ouvre des perspectives plus intéressantes : le costume rouge et noir devient une tribune pour l’acteur Ryan Reynolds et non un jeu codé par le costume. Des films dédiés à des vedettes du cinéma se comptent chaque année sur les doigts d’une main (The Wrestler pour Mickey Rourke, Birdman pour Michael Keaton sont les plus récents à citer …) Deadpool : Le Film doit être l’un des premiers pour la maison Marvel. (A sa manière, Iron-Man 1 consacrait le retour de Robert Downey Jr. au cinéma.) Avec Deadpool, Ryan Reynolds crache son venin sur le film Green Lantern (2011), responsable désigné à sa chute Hollywoodienne. Mot pour mot, les digressions revanchardes ne manquent pas : « Pas un costume vert ni en image de synthèse ! » criera Wade Wilson avant de renaître en Deadpool.

References Deadpool Le Film
Sans excès, Deadpool contient l’action pour des saillies verbales … Qui passent ou qui cassent sur leur simple énonciation.

Le Quatrième Mur, frontière formelle entre un spectateur/lecteur et le figurant, explose conformément au personnage et cerne le « Je » de Ryan Reynolds. « Canada! » sort aussi naturellement que le « Adrian ! » de Sylvester Stallone dans Rocky. « Comment a réussi Ryan Reynolds a réussi à ton avis ? » (*Coup d’oeil à un magazine type Tout sur les people dans le film*) , une référence toute trouvée à l’élection de l’acteur en tant qu’ « Homme sexy de l’année 2011 ». La métaphore filée d’une renaissance dans un premier rôle se double de décors dépouillés et d’une certaine sagesse des studios Marvel : en quelques acrobaties doublées, avec peu d’acteurs, un nombre ramassé de lieux, Tim Miller, réalisateur du film Deadpool prouve qu’être surnaturel au cinéma peut être aussi une reconquête de sa propre réputation … 

Note Conseil Deadpool« Bah alors ? T’es resté(e) jusqu’au bout du générique ? Allez, ouste! » Deadpool donne vie à un double enviable du protagoniste comics … au cinéma. Ce n’était pas gagné d’avance à dire vrai. Les compromis minimum laissent la précieuse personnalité du personnage intacte, elle et son humour ravalé par des couches de grossièretés collégiennes. Bon divertissement d’où les rires s’extraient mais loin d’être le bon film. Pitre face à deux vilains sans charisme, la réalisation exploite toutes les astuces et limites pour n’être « qu’un » film déconseillé aux moins de 12 ans. Deadpool s’affranchit de quelques motifs sans échapper totalement à la pensée étouffante de la maison Marvel : sa non-intelligence, ses références perpétuelles à son membre viril et les tutoiements incessants achèvent le tableau des différences.

On a aimé : 

+ Fidèle au comics.
+ Réalisation nette.

+ L’humour grossier respecté. (Et qui finalise la séduction ou non au film.)
+ La fin du Quatrième Mur employée avec des perspectives. (La vie d’acteur de Ryan Reynolds, les tacles qui concernent les autres personnages Marvel …)

On a détesté : 

– Des vilains ridicules.
– Le puritanisme de Marvel.

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13 réflexions sur “[Critique] Deadpool Le Film – Ryan Reynolds broie le Quatrième Mur

  1. Coucou,
    Ce film est sensationnel. Ryan Reynolds incarne son rôle d’anti-héros à la perfection tout en y ajoutant une dose d’humour qui ne déplait guère.
    Au revoir

  2. Coucou,
    Je viens tout juste de visionner Deadpool au cinéma et je trouve que c’est trop drôle. Ryan Reynolds apporte une touche vraiment amusante au film. J’ai surtout aimé le petit bonus que les réalisateurs ont ajouté à la fin du film.

  3. Je m’associe aux compliments précédents pour cette critique parfaitement argumentée et très inspirée. Je l’ai été nettement moins par le film, je dois l’avouer, qui m’a immédiatement saisi à la gorge par un violent sentiment de rejet. Un sentiment qui ne m’a pas quitté durant les cent huit longues et douloureuses minutes que dure ce film au verbe ordurier. Malgré ton argumentaire éclairé (par ta connaissance du matériau original que j’avoue ne pas avoir), je peine à légitimer la moindre parcelle de ce spectacle putassier et faussement impertinent (aspect que tu soulèves d’ailleurs très justement dans ta conclusion). Merci de m’avoir rappelé que Ryan Reynolds avait été un « Green Lantern » catastrophique pour la maison DC et dont il se moque allusivement dans une réplique du film. Mais, rétrospectivement, je me demande si je ne le préférais pas dans son costume couleur chewing-gum à la menthe.

    1. Merci pour ces compliments ! Belle image pour ce « costume couleur chewing-gum à la menthe ». 😀

      L’inspiration qui a été trouvée reflète plutôt le travail de bonne adaptation. Ca devient rare de voir des personnages respectés sous le BullDozer financiers des films DC Comics et Marvel Studios, quitte à profiter de chaque nouveau film pour des promesses vaines … (Superman, Avengers, Captain America s’annoncent effrayants et peut-être parmi les pires surprises du genre à attendre de l’année 2016.)

      1. Au vu des budgets nécessaires pour leur réalisation, ces films sont forcément soumis à une pression importante, qui me semble d’ailleurs plus importante encore à la Fox (sauf peut-être pour Cameron qui semble pouvoir gérer son temps à sa guise). Loin d’un esprit rebelle relatif au héros de l’affiche, j’y ai vu au contraire une manière de saborder le genre, quitte à l’abîmer férocement afin de nuire également à la concurrence (après tout la plupart des gens se moquent bien de savoir quel studio leur offre leur spectacle de super-héros). J’y vois une forme de bravade, évidemment très puérile dans sa forme et qui se rattrape comme elle peut sur les passages obligés. Quant au programme à venir, je n’en attends pas grand chose sinon des films solidement harnachés qui ne doivent surtout pas chercher à penser plus haut que ce qu’ils peuvent se le permettre. Les deux premiers Cap America se contentaient de limiter le cahier des charges à l’observation d’un héros américain dans un pays aux valeurs mouvantes. Espérons qu’un bon scénario et un bon réalisateur sauront profiter de cet élan prometteur. Le spectaculaire suivra de toute façon.

        1. Je citais Captain America tout en pensant à une chose : ce sont des héros d’antan avec l’idéal d’autrefois. Ils portent les couleurs du drapeau américain, défendent ses valeurs, ses citoyens, avancent des idées parfaites … Ce sont de bons soldats de l’idéologie américaine qui hésite encore entre l’isolationnisme et l’interventionnisme sur le plan mondial. Au cinéma, le choix semble plus radical : créer et produire du Marvel n’a d’autre but que de monopoliser les sorties cinéma.

          Sans être très osé, Deadpool est une parenthèse dans le sérieux d’autres super-héros. Il faut le prendre comme un divertissement respectueux, intéressant et grossier avant tout.

          1. Envahir le marché mondial du cinéma, c’est le lot du tout Hollywood depuis belle lurette. et ce pauvre « Deadpool » n’en est pas exempt. Ne faisons pas la fine bouche car on doit à cette usine à rêve si doux souvenirs de cinéma. Respectueux et intéressé dirais-je pour ma part pour ce « Deadpool ». Quant au divertissement, encore faudrait-il qu’il me divertisse. 😉

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