[Critique] Stanley Kubrick A life in pictures – Réalisateur et Homme

Echecs Kubrick Construction
Peter Sellers et Stanley Kubrick sur le plateau de Dr. Folamour

Stanley Kubrick a créé 19 films soit autant de fables laissées à l’humanité. Du reste, ce sont ses proches, ces personnes de sa famille immédiate ou de rares cinéastes qui en parlent le mieux. Stanley Kubrick : A life in pictures, documentaire s’il en est, revient film après film sur l’intégralité de la filmographie d’un réalisateur-artiste du XXe siècle. Tourné deux années après son décès, le portrait de l’Homme revit sous les mots d’une sincérité rare. Oui, Woody Allen n’a pas aimé voir 2001 : L’Odyssée de l’Espace à son premier visionnage. Non, Stanley Kubrick a rarement rencontré un succès critique.

DVD Stanley Kubrick A Life in Pictures Avis

Réservez 2h16 de votre temps, un temps minimal pour s’approprier la philosophie du réalisateur, ses méthodes de travail, ses choix dans la concrétisation de ses films et la vision de l’homme. La biographie reconstituée de Stanley Kubrick s’emprisonne à travers deux notions clefs : l’exigence et une manière, décrite comme froide, de peindre l’humanité. Presque toute une existence s’éclaire sans se rendre tout à fait publique. Derrière les images, les mots complètent admirablement un sentiment impressionniste qu’il y a derrière chaque visionnage d’un film de Stanley Kubrick. Prenez la peine de découvrir le film le plus documenté, le mieux illustré sur Stanley Kubrick, uniquement en Anglais sous-titré en Français. 

La photographie, une voie reine d’accès au monde du cinéma.

Photographies Stanley Kubrick
L’une des premières photos de Stanley Kubrick a été prise à la mort de Roosevelt. Mélancolique, toute sa singularité lui a permis d’être remarqué. Et remarquable.

Le fil rouge du perfectionnisme, réel, de Stanley Kubrick n’a de sens qu’avec un appareil photo. L’on connait nombre de photos nostalgiques où d’autres cinéastes posent, caméras à la main. On regarde Monsieur Stanley Kubrick pour saisir une différence : ces images de lui ne sont pas perfectionnistes et souvent peu dignes d’être des gravures de mode. La barbe hirsute, le visage légèrement flou à cause du mouvement, celui-ci est souvent en train de s’empourprer de colère : ce sont ces clichés qui se multiplient puisqu’elles lui sont fidèles.

Femme Sentiers de la Gloire Kubrick
Dans les dernières images de Paths of Glory, c’était la femme de S. Kubrick : Mme Christiane Kubrick.

Elles esquissent parfaitement une personnalité, du début jusqu’à son dernier film Eyes Wide Shut en 1999. La lumière parfaite du Baiser du Tueur, la déconsidération de son court-métrage Fear and Desire considéré et caché comme un « film de jeunesse » évasif selon ses propres dires. Au travers du prisme des premiers films Kubrick-Harris, nom officiel des premières réalisations et de l’indépendance grandissante : la famille de Stanley Kubrick est bercée par l’impétueuse précision en sa qualité de père, la mine soucieuse du haut de son statut de mari dévoué à filmer sa femme dans Les Sentiers de la Gloire, à atteindre une photographie picturale dans Barry Lindon

La meilleure école du cinéma est celle de l’envie sans professionnalisation. Tous les films de Stanley Kubrick sont des extensions de lui-même : les oeuvres agissent en réflexions, les constructions dépendent de son goût de ses innombrables parties d’échecs, son image, digne de son amour débordant de la photographie.

Le joueur d’échec, les échecs, les projets inachevés.

Script Napoleon Document officiel
On ne saura jamais ce qu’était Napoléon selon Kubrick. L’oeuvre aurait été proche de la perfection, probablement. Sérieuse, à n’en point douter.

L’idée d’adversaire, d’être dans le défi constant, a été une obsession maitresse de Stanley Kubrick. Le plaisir du plateau d’échec, étonnamment, était une constante sur chaque plateau des grandes réalisations du metteur en scène. La logique de ces parties ont contribué à être les fils de fer pour construire les grandes fresques littéraires devenues images impérissables (A l’exception personnelle d’Orange Mécanique.) : 2001 : L’Odyssée de l’Espace peut être considéré comme une partie en sept ou huit coups magistraux, Full Metal Jacket, un morceau brutal de la guerre où le premier fou du roi est une grosse rupture narrative (La transition entre le statut des « Bleus » de guerre aux soldats sur le terrain au Vietnam.) ou à l’inquiétant jeu d’Eyes Wide Shutl’inconnu règne …

Les échecs, la critique aimait les cultiver. Qu’importe, semblait se défendre Kubrick dans un premier temps. Un seul César récompensera le plus abouti des films de Science-Fiction, 2001 L’Odyssée de l’Espace, où l’âge n’a définitivement pas aucune emprise grâce à l’exigence de Stanley Kubrick. Barry Lindon fut dramatiquement un échec commercial en dépit de sa précision à être une représentation fascinante et réaliste du XVIIIe siècle. Le 18e long-métrage signe une retraite de dix années du cinéaste, dévoué et dévouant temps et amour à sa grande famille, ses passions, sa primaire profession de photographe.

Kubrick avait la curiosité méticuleuse d’un universitaire sans être diplômé au-delà des années de lycée. Se développait à Hollywood, puis avec l’aval de Warner Bros, et avec l’image d’une indépendance excitante voire énervante dans le milieu du cinéma.

Curiosité historique créatrice.

Aryan Papers Documents Stanley Kubrick
Aryan Papers, véritable découverte, occupe quelques minutes dans Stanley Kubrick : A Life in pictures. Quelques photos et un dossier-archive subsistent toujours aujourd’hui. Et dire que le tournage avait bel et bien débuté …

Stanley Kubrick : A Life in pictures, voyage chronologiquement entre 1955 et 1999. 44 années où l’Histoire va et vient, alterne joyeusement entre la Guerre Froide de Dr. Folamour, la Préhistoire de 2001 L’Odyssée de l’Espace, l’époque moderne de Barry Lindon. Entre ces adaptations littéraires modifiées pour être portées à l’écran, Lolita ayant connu de nombreux raccourcissements, Dr. Folamour a subi des coupes pour être transposable, le propos d’Arthur C. Clarke a été retravaillé pour coller à des notions essentielles dans 2001 L’Odyssée de l’Espace, deux oeuvres n’ont jamais été finalisées

Le film Napoléon respirait une folie historique du réalisateur pour un personnage « intelligent » et pétri d’erreurs. (Le mot est le sien, laissé dans les archives monstrueusement fournies …) Napoléon aurait été une occasion rêvée pour croquer un homme, un humain extraordinaire aux fautes proches de l’ordinaire.

Details photographie Eyes Wide Shut
17 mois, des milliers de photos, des heures de tournage et de scènes à rejouer : Stanley Kubrick a littéralement malmené le jeune T. Cruise pour créer un film idéal pour dénouer la vie conjugale d’un couple new-yorkais …

L’Histoire aurait dû aussi la matière noble d’un film inconnaissable : Aryan Papers. Le tournage débutait, plantait son propos au coeur de la Seconde Guerre Mondiale, une nouvelle page de l’inhumaine violence. Ce non-aboutissement a été relégué au rang des frustrations du cinéaste. Le sujet était alors abordé, différemment, par La Liste de Schindler, paru en 1993. En cause, l’un des vices du réalisateur est directement mis en cause par ses collègues : Martin Scorsese, Woody Allen et Steven Spielberg lui-même : son perfectionnisme transformait les projets en tournages de 17 mois : ce fut le cas d’Eyes Wide Shut.

Famille Stanley Kubrick Photographies
Stanley Kubrick, cet heureux grand-père …

Critique Review AvisStanley Kubrick : A Life in pictures donne une image de l’homme à ses débuts, le réalisateur et ses méthodes exigeantes à l’oeuvre grâce à des travellings vivifiants. Grâce à des inventions nécessaires pour filmer « la » lumière des vraies bougies de Barry Lindon … En illustration, le père, passionnant, tendre, maniaque, dévoué à ses filles et sa femme. Être photographe lui a permis de contrôler 19 films mémorables, inscrits dans la postérité, et, paradoxalement, de laisser filer l’image construite autour de son intrigante personnalité.

On a détesté : 

-Un DVD (Aucun blu-ray à ce jour) uniquement en Anglais sous-titré.

* Stanley Kubrick A Life in pictures fait partie du Coffret de la Filmographie intégrale de Stanley Kubrick

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4 réflexions sur “[Critique] Stanley Kubrick A life in pictures – Réalisateur et Homme

  1. Un réalisateur particulier avec une méthode de travail très particulière. On adore ou on déteste ses films (je suis moi même pas un grand fan de 2001), mais c’est un cinéaste qui compte, un auteur, un vrai, comme Terrence Malick ou Michael Mann.

    1. Je suis étonné que 2001 : L’Odyssée de l’Espace ne te plaise pas ! Commencer par découvrir Stanley Kubrick par ce film est déstabilisant. Autant que débuter la découverte par des sujets tenus comme des thèmes chers : Barry Lindon par exemple.

      Ce que je trouve particulièrement fascinant, ce que le documentaire met bien en évidence, concerne sa manière de s’exprimer. C’était ses films, ses projets, et par conséquent, des morceaux de vie. Son influence avec Warner dans le retrait du commerce de certains films jugés polémiques (Fear and Desire a subi ce choix, Orange Mécanique a été un choix forcé par rapport aux menaces de mort reçus au domicile de la famille Kubrick …) est toute aussi particulière dans son désir de composer pour le cinéma. Sans être dans une contemplation pure.

        1. … La science-fiction lui a permis de jeter un bon nombre de questions, d’inquiétudes, et une véritable métaphysique. Le film, n’en parlons pas, signe sa sincérité dans ce projet. 🙂 (Et ne pas l’apprécier ne signifie pas pour autant ne être insensible au travail derrière le film. 🙂 )

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