[Critique] Les Sept Samouraïs – Les nuances du Japon médiéval (1954)

Recurrences Cinema Akira Kurosawa

Akira Kurosawa, cinéaste nippon, fit le choix de croquer son Japon natal. En artiste, il peint des fresques sélectionnées, détaille ses personnages, restaure plusieurs époques figées avec réalisme et esquisse des moyens de dialoguer universellement avec ses spectateurs. Les Sept Samouraïs, quinzième film du réalisateur japonais, a contrit une majeure partie de la critique nippone : osée était l’écriture, virulente et sans concession était la vision portée sur la période médiévale du Japon.

L’exigence passionnée d’Akira Kurosawa, tyrannique disait-on, agit aujourd’hui comme un mal nécessaire pour un bien cinématographique, près de soixante années plus tard. La barrière mit autour du cinéma japonais se brise rapidement par le média d’un perfectionnisme aux vertus atemporelles tout en saisissant ses acteurs sous un jour quasi naturel. Osez le cinéma japonais, faites confiance au scénariste, réservez 3 h. de votre temps pour un voyage social, historique et d’un esthétisme tenu encore en référence …

Les Sept Samouraïs en autant de vertus

Cinéma Nippon Blog Sept Samouraïs
Sept Samouraïs … Ou les sept vertus du Bushido ? (Littéralement « La voie du guerrier » ?)

Au XVIe siècle, un village japonais vit sous la crainte perpétuelle de bandits. Pour éviter d’être amenuisé et de perdre toutes leurs récoltes, les paysans opinent pour régler définitivement le problème : pour ce faire, ils doivent recruter des samouraïs avec de menus moyens.

Avec habileté, l’apparente simplicité laisse place à un récit où il n’y a pas un combat du Bien contre le Mal. Ainsi, les quelques 200 minutes sont toutes nécessaires : elles précisent les intentions des uns et des autres, tendent une toile de fond sociale tout en proposant un miroir de vices et vertus humains. Le personnage de Manzo (Incarné par Katamari Fujiwara), à la veille des premières offensives, pétri d’idées reçues conservatrices, aura pour seul souci de cacher sa fille des désirs éventuels des sept samouraïs plutôt que d’envisager un moyen de la protéger et de défendre son village …

Kikuchiyo Personnage Theatre japonais
Toshiro Mifune interprète un personnage, Kikuchioyo, de contre-poids : versant souvent dans l’exagération, l’humour, parfois dramatique et, en tout cas, indispensable à la bonne progression de récit.

Les Sept Samouraïs peut se découvrir à travers la notion d’équilibre. Le long-métrage rogne plusieurs genres, refusant une seule catégorisation. Le drame coudoie la tradition du jidai-geki* (La représentation du japon médiéval.), la violence s’atténue grâce à l’amour ardent de deux jeunes personnages, l’action se séquence au fil de vues panoramiques naturelles d’une ambition impressionnante … L’acteur Toshiro Mifune théâtralise toute l’ambivalence du film : il incarne une versatilité fondamentale alternant le drame (Ses origines, il est le septième épéiste à remettre en question le statut de samouraï …), le soudard aux talents comiques venu tout droit du genre théâtral du kabuki* (* Forme théâtrale nippone née aux XVIIe.préfigurant une bonne partie des schémas réutilisés par une quantité impressionnante de personnages fictifs de mangas actuels, ou encore une figure sur le chemin de l’initiation, assénant des messages forts et s’enrichissant mentalement au côté des autres bretteurs.

En 1954, Les Sept Samouraïs s’inscrit parmi les réalisations exemplaires en ne proposant plus seulement d’être une représentation mais un théâtre vivant, réaliste, cohérent. (Comportant, malgré tout, au moins une invraisemblance historique.) En sériant avec méthode les problématiques de son sujet, Akira Kurosawa compose quasi scientifiquement une époque ayant une place tenue visiblement comme favorite pour le cinéaste.

 L’exigence d’une esthétique réaliste.

Conditions tournage Sept Samourais Akira Kurosawa
Kanbei (Joué par l’acteur Takashi Shimura.) s’est plié aux scènes sous pluie artificielle (Et parfois naturelles.) tant voulues par Akira Kurosawa …

Esthétiquement, Les Sept Samouraïs se définit par l’élégance sans contemplation : la caméra n’est pas usée dans le seul et unique objectif de souligner les beautés florales naturelles du Japon ou pour filmer des scènes gratuites de comblement. Les images illustrent toutes les particularités possibles, connues, et documentées à propos de la fascination existante autour du Japon médiéval. Un soin rigoureux, et il s’agirait presque d’un doux euphémisme, est accordé à des costumes nombreux et étoffés de motifs. La violence, filmée avec de rares effusions de sang, est plutôt signalée par de rares ralentis, lors des affrontements à l’arme blanche, ou par des corps délestés de toute vie grâce à une faculté à filmer au plus près, au jour le plus naturel de l’ensemble des acteurs.

Tournage Mifune Les Sept Samourais Akira Kurosawa
La mise en scène en scène, pointilleuse, permet au film de conserver une vivacité si rare et si innovante en 1954 …

Profitons d’un anachronisme pour rappeler qu’après soixante années, la quinzième réalisation de la filmograhie d’Akira Kurosawa conserve sa jeunesse. Ce constat résulte logiquement du tournage minutieux et volontairement mené dans des environnements naturels décorés. L’inquiétude portée à cette question du « naturel » n’aurait eu de sens sans être équivalente pour la multitude des acteurs mis en scène. La photographie, parfois proche du style pictural du clair-obscur, (Notamment dans les nombreuses scènes où l’Ancien est consulté.) se double d’une révolution en multipliant les caméras  et, par conséquent, démultipliant les points de vue sur les protagonistes. Le talent d’un « bon » réalisateur consiste, aussi, à contribuer au charisme de rôles ébauchés mentalement maintenant portés à l’écran. Tous les interprètes, mêmes secondaires, ont l’occasion de briller malicieusement. (Par vices ou vertus.)

Banner Seven Samurai Akira Kurosawa
« -Pourquoi n’y a-t-il que 6 samouraïs ? » La bannière des Sept Samouraïs flotte comme un emblème d’honneur sur le modeste village japonais …

La caméra poursuit logiquement le propos social de cette fable cinématographique qu’est Les Sept Samouraïs : il y est question de rapports de forces où les armes ont toujours le dernier mot, de rapports entre les milieux sociaux (Voire de classes sociales probables dans la philosophie du réalisateur ?) de différences d’intérêt. (D’honneur pour les samouraïs, de subsistance pour les bandits, de ressources vitales et économiques pour les paysans pour être essentiellement personnel pour 99% des personnages.)

Qualite blu ray Les Sept Samourais
Encore une fois, la photographie laisse tout simplement rêveur et en dehors du temps …

Critique Review AvisLes Sept Samouraïs ne livre pas une seule et unique vérité : Akira Kurosawa accompagne la pensée de son audience, il éduque son regard vers des clivages sociaux, les imperfections de ses héros d’honneur et n’hésite pas à transformer les premières victimes sociales déclarées en acteurs actifs et fruits de la violence. La perfection visuelle de M. Kurosawa nous amène à une conclusion guidée, bien loin d’être auréolée d’idylle. A travers sa caméra, le cinéaste mire la condition humaine à un instant choisi de l’humanité.

Mifune Sept Samourais Blu Ray
Toshiro Mifune scintille de malice, de surprise et contribue à l’efficacité du film.

On a aimé :

+ Une esthétique peu contemplative et dynamique due à une photographie d’exception.
+ Un véritable scénario « à rebrousse-poil ». Des héros imparfaits et des victimes responsables.
+ Une volonté de réalisme, une vision ayant peu vieilli.
+ Un récit historique quasi scientifique, avec, en arrière-plan, les problèmes de la société médiévale nippone.
+ Une fable de 3 h. à travers des tirades mémorables du 1er samouraï, 7e samouraï ou de l’Ancien.

On a détesté :

– Au moins une incohérence historique : un fusil à 2 coups en l’espace de quelques secondes, au XVIe siècle ? (Passage situé environ au 3/4 du film.)

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4 réflexions sur “[Critique] Les Sept Samouraïs – Les nuances du Japon médiéval (1954)

  1. Oui moi aussi le temps me manque. Ceci dit j’ai vu Ikiru hier soir… un grand moment… merci du tuyau. Au fait, as-tu vu Kagemusha, toujours de Kurosawa ? Pour ce qui est du cinéma indien, c’est très prolifique, j’en ai vu quelques-uns, ayant pas mal voyagé par là-bas, mais le Bollywood me fatigue (voir l’excellent épisode de « What The Cut » spécial vidéos indiennes) ! Après, toujours du côté indien, il y a « The Lunchbox », qui est un excellent film, tourné comme un film à l’occidentale, et que je recommande vivement.

    1. Merci pour ton retour.

      J’essaye de me mettre peu à peu au cinéma japonais. J’ai eu l’occasion de voir les 3/4 de Ran de Kurosawa où je n’avais pas été séduit plus que cela. Dans ce film, l’un des premiers de Kurosawa en couleurs il me semble, j’ai été « dégoûté » par sa longueur cette fois-ci peu utile au déroulement du récit.

      Si j’ai d’autres références, je t’enverrai sans problème un message ! 😉

  2. Mon premier DVD « ever », trouvé dans une brocante à Avignon pour une somme modique, encore en francs… Peut être 20 ou 25 ??? Je ne sais plus. Je ne l’ai visionné qu’une seule fois, et ce film m’a tellement ému que je n’ai jamais osé le regarder à nouveau. Il est tel un génie enfermé dans une lampe qu’on craindrait de frotter tellement il est susceptible de chambouler l’existence. Dans la même veine, je n’ai jamais osé regarder à nouveau Princesse Mononoké ou Excalibur. J’attends le moment propice mais viendra-t-il ?

    1. Beau témoignage. Au contraire, ces films à émotions, j’observe que nous avons tous des « pratiques » très différentes. Un film comme 2001 : L’Odyssée de l’Espace, Les Sept Samuraïs, ce serait plutôt le temps qui me manque pour les revoir.

      Pour des films d’une telle intensité … Il faudrait peut-être regarder du côté cinéma indien, d’autres réalisateurs japonais ou certains films chinois : on le connait assez mal et pourtant … Il y a de sacrées perles.

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