[Télévision] J.R.R. Tolkien – Des langues, un univers et la Terre du Milieu

J.R.R. Tolkien Documentaire Qualite

A l’occasion de la promotion de l’ultime long-métrage lié à l’oeuvre Le Hobbit de J.R.R. Tolkien, Arte réorganise ses programmes ! Un documentaire inédit, intitulé « Tolkien, des mots, des mondes » préparait le terrain, le 03 Décembre 2014, soit une petite semaine avant la diffusion de Le Hobbit 3 : La bataille des cinq armées

En 54 minutes, le réalisateur Simon Backès revient de façon synthétique sur l’une des particularités du processus créatif de l’auteur d’une des plus grandes fresques imaginatives de la littérature du XXe : Le Seigneur des Anneaux, Le Silmarilion, les histoires inachevées et bien entendu Le Hobbit. Malgré une chronologie différente entre les récits, une chose unit ces oeuvres en dehors de l’Anneau ou de l’ombre de Sauron : un univers commun et des langues de communication entre ces êtres fictifs. Un point de vue qui ne manque pas d’intérêt mais qui souffre de petites faiblesses …

J.R.R. Tolkien, l’érudit des langues anciennes

Langues Le Hobbit Film
Le documentaire s’intéresse à l’un des points les plus curieux et les plus cohérents de l’Art de Tolkien : contribuer à donner une vie sociale et de véritables bases à la Terre du Milieu par la langue.

Passionné, écrivain, illustrateur, universitaire et philologue. Imaginer le Curriculum Vitae de J.R.R. Tolkien suffit à nous intéresser au parcours d’un homme connu avant tout par ses oeuvres. Où commencer dans une brousse d’archives, de créations et de mots ? Simon Backès donne de la cohérence à son documentaire en faisant le choix de comparer Le Seigneur des Anneaux à des éléments très concrets. Avant la Mappemonde, avant l’histoire de personnage, avant une chronologie et les inspirations médiévales qui ont contribué à forger la Terre du Milieu, Simon Backès rappelle qu’il existe des langues. A l’image d’un univers qui nous parait sortir de nulle part, ex-nihilo dit-on, ces langues reposent sur des critères grammaticaux, scientifiques et présentent de grandes comparaisons aux langues sémitiques. (Arabe ou hébreu par exemple.)

Dès lors que l’on parle de plus de 2 000 mots de vocabulaire, d’une écriture, de règles d’accord et de grammaire, on peut à juste titre évoquer un réel processus de création. Deux langues majeures sont présentées comme réellement développées : le Quenya et le Sindarin que l’on attribue aux Elfes qui l’ont tant inspirés. Notre grand regret dans l’une des grandes questions et dans l’un des grands talents de Mr. J.R.R. Tolkien est de la retrouver reléguer à une trop grande synthèse. Oui, Mr. Tolkien était très imaginatif. Mais s’intéresser à une vulgarisation de la philologie et sa manière de travailler ses langues aurait été d’un grand intérêt documentaire. Ici, la question pourtant centrale, n’est évoquée que dans ses grandes lignes. Pourtant, Tolkien appartient aux maitres reconnus de l’étude de langues anciennes …

« La vie est un langage, l’écriture un tout autre. » (Louis Aragon)

Gollum Langage
Sans langage, pas de Gollum !

Finalement, connaitre une part de la vie de J.R.R. rationalise une oeuvre extrêmement complexe. Et inachevée. En partie, oui. Nous sommes probablement nombreux à réfléchir au Seigneur des Anneaux comme un univers si élevé qu’il en est inaccessible. Commencer par le documentaire de Simon Backès avant la lecture de Tolkien vous rassurera. Finalement, la Terre du Milieu peut être perçue comme une grosse annexe extériorisée de l’univers du for intérieur de Mr. J.R.R. Tolkien. Après le temps des mots, vient le temps des maux et celui des émotions.

Envisager toutes les créations de Tolkien par les mots revient finalement à décomplexer l’histoire, les personnages, leurs émotions et la géographie fictive. Il faut finalement prendre le problème à l’envers pour apercevoir derrière l’univers une forme de jusqu’auboutisme de l’auteur. Une manière de mettre des images sur des mots et des idées. D’un déclic, il devient plus intéressant de voir Tolkien comme un amoureux de l’époque médiévale, un passionné absolu de récits mythologiques et un fin lettré qui a puisé jusqu’au vieil Anglais pour structurer idées, années et cohérence.

Idees Illustrations Tolkien Manuscrits
Dans Le Seigneur des Anneaux et autres oeuvres, l’illustration est finalement devenue une capacité qui s’est imposé. Ce qui se conçoit clairement s’énonce clairement.

Une langue, des mots, des personnages, une histoire, des émotions et un univers. Cela pourrait être la déstructuration « rassurante » et légèrement simplifiée pour expliquer finalement la manière de penser de J.R.R. Tolkien dans l’ensemble de ses manuscrits. A ce schéma, il semble manquer la curiosité; un goût du perfectionnisme. (Ce qui explique en partie le caractère inachevé de sa vie et de son oeuvre)  Si Le Hobbit est considéré comme une oeuvre pour enfants, elle est au centre du processus de création, de découverte, et d’ambitions du plaisir de la lecture. On s’accordera avec joie à l’idée selon laquelle l’univers de la Terre du Milieu est un manuscrit qui devient votre. L’exemple de la colline qui devient votre image de votre colline imaginée ou prise dans vos souvenirs est un beau motif employé dans le documentaire. Derrière les mots, un schéma suggéré et surtout des images … Les vôtres ou celles des illustrations et parfois un peu des deux.

Des mots, des illustrations … Mais qu’en est-il des films ?

Le Hobbit Livre Film Public
De la pensée du lecteur, à l’illustration de l’auteur à la réalisation de Peter Jackson, il y aurait presque 3 images différentes.

Le défaut regrettable de « Tolkien, Des mots, Des mondes » étant de ne pas réaliser assez la connexion entre le lecteur, l’auteur et les réalisations récentes. Etait-ce un souci de masquer le côté promotionnel de la réalisation ? Toujours est-il qu’en substitution, le documentaire manque à utiliser le support visuel créé par Peter Jackson (Des questions et des soucis de droits ?) pour l’usage de scènes fictives interprétées par des acteurs supposés ressembler à l’auteur dans son enfance … La conséquence directe étant de rompre le propos, très intéressant, avec des scènes, d’apparence très fausse, qui ont un aspect illustratif et parfois trop « joué ».

Du lecteur, à l’auteur au réalisateur, il y avait l’occasion de réaliser un trio d’étude. On s’aperçoit qu’il existe des variations qu’il était possible d’illustrer par une masse d’informations d’archives (Dont la première photo de l’article-Blog est issue.), d’extraits de films et éventuellement d’illustrations réalisées par l’auteur. Alors, et de façon très simple, le spectateur aurait pu saisir que le concept de mondes revient aussi à celui d’un art de la représentation.

Ecrire Elfe Seigneur des Anneaux
L’Elfe est une langue qui peut être parlée et … écrite ! L’auteur Tolkien nous le prouve.

Pour décrire une vie de lettres, et des lettres animées par leur auteur, 54 minutes sont trop courtes. Tolkien est devenu son oeuvre, et l’idée est menée avec intelligence. N’importe quel spectateur s’aperçoit qu’il y a eu une ambition si élevée et si haute que le moyen-métrage n’arrive pas à concilier tous les aspects, toutes les informations et donnent une vision de surface. La barre est si élevée que le spectateur doit se mettre lui-même en quête de profondeur. Ou risque de se confronter à un aperçu certes documenté, certes sérieux, mais ayant une impression de ne pas être allé au bout de thématiques encore plus importantes.

Comprendre Le Seigneur des Anneaux Le Hobbit
Des mots … Et une imagination débordante à développer chez tous les lecteurs de Tolkien !

Pour parler de son oeuvre, et sans narcissisme aucun, des témoignages ponctués de l’auteur auraient aidé à développer « le » monde de son créateur. Femmes et hommes de lettres commentent à juste titre les différents monuments de Tolkien. En même temps, ils deviennent justement ce que l’on reproche au documentaire : le domaine du privé n’est on ne peut plus fidèle que commenté par son héros lui-même : Tolkien. Finalement, il s’agit plus d’erreurs (Non pas de fautes car il y a une part d’impossible à disposer librement des archives sur Tolkien) de montage et de création.

Il n’en reste pas moins que « J.R.R. Tolkien : Des mots, des mondes » de Simon Backlès réussit à suggérer beaucoup d’éléments en 54 mn tout en se perdant quelques minutes dans des scènes surjouées ou ayant un caractère de fausseté. Le défi était de donner envie de se plonger à nouveau, peut-être pour la dernière fois avant de nombreuses années, dans l’univers cinématographique d’un autre homme qui interprète J.R.R. Tolkien.

J.R.R. Tolkien : Des mots, des mondes est disponible à la vente (20€), en Replay Arte+7 et fait partie de la programmation spéciale organisée par Arte. (La programmation spéciale est disponible en PDF, ici !)

En supplément, chaque Dimanche à  partir du 30 Novembre 2014 jusqu’au 28 Décembre 2014, à 12h, un mini-documentaire A la recherche du Hobbit est diffusé. Le réalisateur Olivier Simonnet s’intéresse cette fois-ci aux mythes et inspirations qui ont contribué à former concrètement Le Hobbit … Grâce à des voyages et légendes en Europe et au-delà.

A la recherche du Hobbit est également disponible en Streaming pendant 7 jours via Arte+7 !

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