[Impressions] Interstellar – Odyssée humaniste des grands espaces

Age Cooper Interstellar

En 2010, Christopher Nolan proposait une introspection exemplaire grâce au scénario d’Inception. 2014 propose aux spectateurs de voyager vers des étendues plus vastes et méconnues des galaxies inexplorées. Une quête de grandeur et extérieure d’un genre inédit pour Christopher Nolan qui n’est ni un frein visuel ni une frontière scénaristique. Au-delà de toutes les comparaisons lues et entendues jusqu’alors, Christopher Nolan réalise un travail d’imagination.

Cela suppose d’entrevoir des inspirations – et celui-ci ne se cache pas d’être un amoureux du travail de M. Stanley Kubrick – tout en y insufflant un univers, la patte « Nolan » et ses récits retords, ainsi que les défauts corrélatifs à un tel art. Dans un horizon où le cinéma se risque de moins en moins à synthétiser les espaces et les confins galactiques, l’essai tenté par Christopher Nolan se résume parfois, ici et là, à un essai trop audacieux, mégalomaniaque voire qualifié de simple 2001 : L’Odyssée de l’Espace bis. Ce serait se méprendre puis louper tout ce qui fonde l’identité d’Interstellar en cherchant à tout prix à lui trouver une place bien rangée dans les films parus en 2014. En dépit de ses liens indéniables à la science-fiction, le réalisateur mise beaucoup sur l’humanité de son récit. Sous les airs de fiction, la narration est soutenue par un rendu voué à la perfection visuelle et émotionnelle. Ce sera, enfin, sur le sens des thèmes développés que nous verrons la singularité portée par Interstellar.

Un messager de l’espèce humaine

Cooper Murphy Interstellar
A contre-coeur, Cooper (Matthew Mc Conaughey) se voit contraint d’abandonner les siens sur Terre.

Dans un futur indéfini, quelque part aux Etats-Unis, Cooper (Interprété par Matthew Mc Conaughey) endosse le rôle d’agriculteur malgré lui. La Planète Terre et ses ressources s’amenuisent au fur et à mesure du temps si bien que l’Etat Américain se concentre bien plus sur la nutrition de sa population bien plus que sur les domaines porteurs d’espoirs, de nouvelles technologies et notamment des possibilités offertes par les explorations spatiales. Pourtant, face à la mort lente de notre planète, tout pousse à croire que la survie est ailleurs, quelque part dans l’espace. Le Professeur Brand (Joué par Michael Caine) voit en Cooper un héros du XXIe siècle. L’un des seuls et derniers pilotes ayant l’expérience puis l’instinct d’aller au-delà de la stratosphère.

Interstellar ne déroge pas à la règle d’autres scénarios élaborés par Christopher Nolan (Inception, Memento pour exemples) et d’adaptations (Le Prestige notamment) : les clefs de lecture nous amènerons à délier le présent du futur; à être attentif aux différents indices fantastiques laissés ici et là pour complexifier son récit. Interstellar aurait pu être l’incipit d’un bon livre tant le scénario se joue des allers-retours, demande au spectateur d’être malin pour former une boucle presque parfaite. Presque, car les astuces de Nolan n’arrivent pas à masquer certains faits rapidement devinables.(Cf. La recherche d’une nouvelle Planète à l’environnement vivable)

Outre sa portée philosophique, l’écriture sait et parvient clairement à fournir son scénario de fondations émotionnelles fortes. Malgré un départ pour ce qui n’est pas encore exploré et donc inconnu, notre réalisateur fait le choix de mettre en avant tout ce qui constitue notre humanité : ce sont les liens entre les individus ainsi que les relations entre parents-enfants qui prédominent les quelques 2h50 d’Interstellar. Partir pour Cooper est autant un moyen de renouer avec sa « vraie » vocation professionnelle que la possibilité de ne jamais revoir ses deux enfants. Les confins de l’espace distendent la notion de temps, floutent tout repère, au risque d’engager un véritable contre-la-montre lorsqu’une année sur un système donné équivaut à 7 années sur d’autres planètes extra-terrestres. Inutile de préciser qu’outre les tensions dramatiques entre les astronautes, la problématique temporelle rajoute un poids énorme au long-métrage. A un tel point qu’en minutes filmées, Interstellar a beau être l’un des films les plus longs de 2014, les faits passent à une vitesse lumière tout en parvenant à fermer convenablement sa boucle scénaristique, balayer toutes les interrogations et se suffire à lui même pour répondre aux éventuelles interprétations laissées ici et là dans son scénario.

Planetes Interstellar
Visuellement sublime, Interstellar obéit à une exigence esthétique de haute qualité.

La copie quasi parfaite n’empêche pas de soumettre nos propres critiques face à l’écriture du récit. Cooper n’est pas « le » héros de l’humanité, il est surtout « le » héros Américain par excellence. Il faut entendre par là qu’avant de côtoyer l’espace, Christopher Nolan ne pousse pas son écriture au-delà des Etats-Unis. Quid du reste du monde dans les conditions drastiques qui touchent l’humanité ?

A bien des aspects, Interstellar aurait pu être un très bon livre de science-fiction tant portraits, indices, et émotions abondent la réalisation. Littérairement, en revanche, il aurait beaucoup moins aisé de rendre visuellement et techniquement des gestes, des sons, ou encore des interprétations dignes du plus grand des intérêts.

Une narration visuelle et émotionnelle

Vers Poesie Interstellar
La voix (Off) de Michael Caine nous déclame de superbes morceaux de la poésie de Dylan Thomas. (Do not gentle with this good night)

Le réalisateur britannique a associé un casting qui lui était à la fois familier, fidèle et suffisamment expérimenté pour éprouver toutes les émotions qui étaient attendues derrière Interstellar. Michael Caine, en qualité de sage-mentor-érudit assez trouble maintient son interprétation jusqu’à un dernier souffle coup de théâtre. Christopher Nolan lui avait confié cette lourde tâche dans le rôle d’Alfred (Trilogie Batman) dans Le Prestige ou Inception. Anne Hathaway,précédemment aperçue dans les vêtements de Catwoman / Selyna Kyle, incarne de nouveau une femme déterminée et scientifiquement dévouée.

Loi de Murphy Interstellar
Jessica Chastain dans le rôle d’une Murphy plus âgée nous livre une interprétation équilibrée et surprenante.

Elle coopère sentimentalement et platoniquement avec Matthew Mc Conaughey dans une prestation éblouissante, très proche à celle de True Detective. (Série télévisée dont nous parlions précédemment dans nos colonnes) Ce dernier, par ailleurs, ne se détache peut être pas si facilement de ses rôles sentimentaux qui lui ont permis de se faire un nom dans le cinéma puisque son rôle de père dévoué et de veuf exigent de lui une retransmission délicate, subtile et précise d’émotions variées. Nouvelle aux castings de Christopher Nolan, Jessica Chastain incarne Murphy Cooper, fille de notre cosmonaute, pour être « la » figure féminine forte du long-métrage.

L’odyssée des personnages de Christopher Nolan est une association ambivalente entre des choix artistiques remarquables en juxtaposant le souci de mettre en évidence les conflits internes de son casting dans ces grands espaces. Une fois de plus, le réalisateur associe méthodiquement chaque domaine pour rendre Interstellar émotif. Cela signifie aussi qu’il y a une sensibilité variable d’une personne à l’autre tout en admettant et en reconnaissant volontiers les qualités concentrées par Interstellar : la décision de tourner 2h49 (Environ) en qualité 70 mm ou de solliciter l’aide Hans Zimmer pour constituer une bande-son tournée vers une atmosphère à la fois classique et remplie de tensions. En demandant le meilleur de ses acteurs, en effectuant un montage ponctué de sentiments diamétralement opposés, (Du rire avec l’Intelligence Artificelle TARS aux larmes à l’écoute des messages filmés des différentes familles) Interstellar occupe presque sans interruption son spectateur.

Analyse Interstellar
Qualité et non des moindres de Christopher Nolan : expliquer et justifier de façon simple ce que sont les trous noirs, les trous de ver.

Comme l’avait été 2001 L’Odyssée de l’Espace en son temps, Christopher Nolan livre une aventure appuyée par les dernières recherches scientifiques. Il faut entendre par là qu’il existe une rigueur scientifique louable à l’oeuvre et les différentes problématiques soulignées par Interstellar. La plupart des faits, du moins, (A l’exception de la véracité des trous de ver et trous noirs dont les connaissances actuelles restent insufissantes) sont cohérents et rendent de facto Interstellar convaincant. (Notamment dans le cas de la relativité temporelle abordée brutalement dans le film de Stanley Kubrick.) La persuasion nait, avant tout, de la volonté de concevoir un récit de hauts et de bas théâtraux, d’une fin incertaine, et d’une délicatesse des liens entre les personnages.

Plus que galactique, il émane du montage efficace d’Interstellar une réalisation profondément humaniste. Le vide, le sommeil prolongé dans des caissons blancs et impersonnels, le temps qui défile à une rapidité effrayante, le silence pesant et anxiogène du décor principal du long-métrage se rythment de mensonges, de révélations, d’idées et de théories de secours. Quelque soit le décor choisi, régulièrement en alternance entre la Terre et l’espace, une course à la vie se dessine et « humanise » des horizons encore obscurs en l’état actuel de nos savoirs scientifiques.

Interstellar, un plagiat de l’oeuvre Stanley Kubrick ?

La plus grande comparaison qu’il existe entre Interstellar et 2001 L’Odyssée de l’Espace (Pour lequel nous avons livré quelques impressions sur le Blog La Maison Musée) se résume probablement à son débat. Deux oeuvres qui, en leur temps respectif, ont été affabulés de mêmes « défauts » aux yeux de certains. La lenteur des scènes, quelque chose qui s’apparente à un processus créatif trop ambitieuse, un projet trop métaphysique. En plus de 50 années d’écart, ce serait juger deux créations avec œillères de cheval. Le pire est peut-être de voir des similitudes presque partout : le robot TARS « est comme » HAL; la musique « est comme » celle de Richard Strauss dans une transition cinématographique devenue culte.

Du point de vue des thèmes, pourraient-ils être identique ? Si l’on prend le gros du gros, un personnage humain prend un vaisseau et part pour l’espace, communique avec ses proches, a des coéquipiers. Pourtant, on le vit précédemment, Christopher Nolan s’accroche tellement à rendre son récit humain que sa finalité n’aboutit clairement pas aux mêmes conclusions et à des interprétations absolument distinctes. Il n’est pas question d’une « nouvelle forme de vie humaine » mais de survie de notre espèce. Il ne s’agit pas de déterminer qui de l’Homme ou la machine créée par l’Homme l’emportera mais, le plus souvent, de conflits et de duels entre des individus psychologiquement identiques. En voulant synthétiser des similarités visuelles, nombre d’opinions ou de vecteurs d’influences oublient l’identité d’Interstellar.

Analyse Interstellar Christopher Nolan
Chaque message reçu par la famille de Cooper est un déchirement. Une blessure profonde de voir quelques minutes devenir quelques années …

« Eux », « Ils » comme on peut le comprendre dans Interstellar, désignent la forte probabilité d’une vie autre qu’humaine. Qui ne pourrait pas penser cela ou l’envisager ne serait-ce qu’une seconde ? Christopher Nolan a travaillé avec les finis et les infinis de l’imagination c’est-à-dire avec les influences notables, 2001 L’Odyssée de l’Espace continue de nourrir notre imaginaire tant sa répercussion fait office d’avant-gardisme, tout en taillant l’originalité d’Interstellar dans des liens d’observation différents : la question de l’âge après une tel voyage ? L’avenir de la Terre pendant ce temps donné ? Qu’est-ce qu’un trou de ver ? L’exploitation puis de la maitrise de la gravité comme compréhension de nouveaux savoirs ?

Partager l’expérience Interstellar revient aussi à voir dans Cooper un peu plus qu’un cosmonaute humain lambda . En une période indéterminée, son rôle presque « par défaut » se révèle extrait tout droit d’un mythe Grec. Il est un Hermès-messager dans une Odyssée homérique où les monstres ne sont, cette fois, pas fantastiques. En ce sens, Interstellar est d’un pessimisme ayant trait pour trait une tension semblable à Batman : The Dark Knight.

Cooper Interstellar Fin Film
Appelé à rejoindre les cieux, Matthew Mc Conaughey incarne avant tout un père avant d’être un possible « héros ».

Le voyage de la famille Cooper est un monde en perte de vitesse, en repli sur soi, qui a par ailleurs beaucoup d’échos avec notre pensée actuelle.Le grand-père de la famille Cooper, au détour d’une conversation, parle des années d’or de l’espace. Ces années 1960 où tout était possible, où « il y avait une invention par jour ». Cooper défend pourtant bec et ongle « sa » conception de l’avenir : ses enfants ne doivent pas être voués à être des agriculteurs abêtis, incultes et niant les progrès spatiaux amenés à disparaitre des livres d’Histoire. Ce sera bien sûr l’amour que vouent nos personnages à leurs proches, à leur quotidien, à leur habitude, à la tendresse des faits accumulés en un laps de temps très court qui forment un lien invisible. Espace, lieu énigmatique, indéfini ou dédale du temps et l’espace : qu’importe. Cooper, Brandt (Rôle endossé par Anne Hathaway) savent qu’ils envisagent un possible sacrifice pour des millions de gens. Pour l’avenir et surtout pour ceux qu’ils chérissent. Un soupçon dosé d’optimisme dans une morosité ambiante. Voilà en quoi Interstellar mérite bien des nuances, des éloges et ses possibles critiques.

Critique Review Avis

 

Nous attendions Interstellar. Non pas à cause de ses bande-annonces mais par la faculté de son réalisateur à créer un univers, à proposer « sa » vision dans un genre inédit dans sa filmographie. Technologiquement exemplaire, émotionnellement redoutable, Interstellar nous a particulièrement plu en créant une identité qui lui est propose, un impact sensible différent, en abordant des problématiques troublantes qui en font une partie de sa singularité. Loin de la complexité métaphysique engagée par Stanley Kubrick, parfois prévisible dans ses ficelles scénaristiques, le récit d’Interstellar n’en reste pas moins un moment de cinéma passionnant et terriblement séduisant. On le doit, en partie, à un casting de choix, une écriture qui a su trouver un point d’équilibre pour être en nuances et une réalisation cohérente.

Pere Fille Interstellar Lien

On a aimé : 

+ Le thème Final Frontier d’Hans Zimmer et l’atmosphère permise par la bande-son.
+ Le choix du casting et la qualité des interprétations. 
+ Un long-métrage entre pessimisme et optimisme.
+ Un scénario de science-fiction incroyablement « humain ».
+ La thématique de la relativité. 
+ L’identité et la patte « Christopher Nolan ».

On a détesté (Ou moins apprécié) : 

– Un héros Américain pour sauver les Etats-Unis. Et le monde au passage. 
– Quelques éléments scénaristiques prévisibles.

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6 réflexions sur “[Impressions] Interstellar – Odyssée humaniste des grands espaces

  1. Euh Interstellar « visuellement sublime » ?? Personnellement je ne pense pas. Il y a tout au plus 4 ou 5 séquences dans l’espace qui collées les unes aux autres doivent totaliser 3 minutes d’images censées nous transporter. Les planètes visitées, au delà de l’originalité de l’effet de marée produit par le trou noir sont tout à fait banales et filmées de manière également banale… La photographie de ce film n’a rien d’extraordinaire, même 2010, la suite de 2001 était plus ambitieux visuellement…

    1. « Personnellement, je ne pense pas. » Le fait de ne pas avoir énormément de scènes spatiales n’empêche pas d’être sensible visuellement. J’ai « personnellement » adoré la scène avec le prisme de la mémoire; la 1ere planète ou les visuels finaux.

      Je respecte votre point de vue. En revanche, 2010 pour la suite de 2001 L’Odyssée de l’Espace n’a clairement pas la qualité de M. Stanley Kubrick … 🙂 (Je pense que nous pouvons tous les deux s’en convaincre … 😀 )

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