[Impressions] Catherine – Gravir les épreuves vers l’âge adulte (PS3)

 

Anime Catherine Atlus

Atlus a réussi l’un des paris les plus audacieux sur la génération de consoles Xbox 360 / PlayStation 3 : créer une nouvelle licence, Catherine, pleine de malice, d’intelligence, d’idée en menant les joueurs sur les chemins compliqués des relations humaines. Comble du comble, le créateur Japonais transforme littéralement le genre quasi désuet du Puzzle-Game pour un essai exigeant. Impressions et effroi de cauchemars récurrents dans la vie du héros Vincent …

   Combien de joueurs se sont surpris à jouer à un titre que rien ne laissait envisager comme un casse-tête ? La véritable question serait plutôt quelle est la quantité exacte de joueurs qui se sont confrontés à un autre jeu qu’à un principe de drague virtuelle ? Catherine, personnage principal de l’œuvre a assuré une promotion charnelle et basée sur la séduction, sur la perfection de courbes pixélisées et adoucis par le savoir-faire des créateurs Japonais. Sous ces airs aguicheurs et un brin fourbe, une rare envergure scénaristique est à découvrir … Pour peu que le joueur sache avec quoi il traite. Catherine aurait pu aussi être un jeu d’action à la manière d’un jeu à la manière de Suda51. (Lollipop Chainsaw, Shadows of the Damned ou le dernier Killer is Dead où la plastique d’une héroïne a assuré une grande promotion dans chaque cas …)

Catherine Personnalite Vincent
La nuit, trouverez-vous les réponses à vos questions dans le confessionnal ?

   Il n’en n’est rien : Catherine se divise en 2 temporalités. Le jour, le héros Vincent mène tant bien que mal sa vie sociale prise en tenaille entre l’engagement « sérieux » avec sa petite amie Katerine, le travail, ses relations avec ses amis. A l’écran, cela se traduit par des conversations au Stray Sheep Bar (Le lieu et bar favori de nos personnages fictifs); des réponses par SMS; des échanges avec des inconnu(e)s et d’autres individus dont le dessein n’est révélé … Que lors du twist final! La nuit, malheureusement, Vincent affronte ses pires cauchemars. Le pire étant que, fréquemment, ce sont les inquiétudes de sa vie active qui se matérialisent en des formes effrayantes ayant le sens de la mort à chaque cube gravi et escaladé. Freud, es-tu là ? Au final pourquoi ? Qu’est-ce qui attend véritablement Vincent ? Là est, en synthèse, le propos de Catherine. A vous de le découvrir à travers 9 jours et 9 nuits horrifiques.

Le prix de la « Vraie Liberté »

   Le fonctionnement de Catherine ne se résume pas qu’à gravir chaque jour un peu plus de marches. Vincent n’a l’étoffe du héros que vous voulez qu’il soit qu’uniquement et seulement par  vos choix. Les réponses multiples apportées lors des SMS, les décisions binaires prises à la fin de chaque niveau dans un confessionnal : tout cela contribuera à alimenter une jauge qui tend soit vers le bleu … Soit vers le rouge.

Quels Choix pour quelle fin Catherine
La jauge se modifie le jour, au bar …

Le système est particulièrement bien pensé : le joueur pourra avoir des remords mais absolument rien, dans le jeu, ne souhaite vous mettre face au Bien ou au Mal de vos affirmations. La somme des éléments de réponse tant plutôt à une conception : faut-il s’engager corps et âme dans une relation ordonnée ? Ou bien mener une existence de « liberté ». Mais quelle Liberté, si toutefois elle existe ?

Gameplay Catherine Sexy
Des techniques d’initiés sont à maitriser.

   A dire vrai, le jeu ne vous laissera pas tant de possibles que cela. Ce sera au prix de vos efforts, de votre habileté et de votre maitrise d’un casse-tête classique et pourtant extrêmement punitif. Nous voilà dans un principe où le moindre faux pas, un cube mal déplacé, un atterrissage malheureux sur un carré « piégé » et tout un niveau est à refaire soit à partir du Checkpoint soit dès le début. Les ascensions parfaites mettront les perfectionnistes devant le fait accompli pour une partie qui peut aisément dépasser les 20 heures de jeu pour une première partie. Contrairement à ce que l’identité rigoureuse du jeu vous contraindra, Catherine (Le jeu, pas le personnage ! Quoique …) est d’une grande accessibilité. A condition de « jouer le jeu », de s’en donner la peine, et ce, jusqu’au bout!

Cathedrale Niveau Catherine
L’ascension de notre héros en caleçon a un prix : celui d’une escalade notée. Plus vous serez proche de la perfection, plus le score sera élevé!

   Ce sont les premiers joueurs de Catherine et, étonnamment, nos amis Japonais, qui ont trouvé Catherine d’une extrême difficulté. En ce qui concerne notre version Européenne, quelques passe-droits faciliteront votre appréhension du jeu. A commencer par la possibilité de jouer à un mode Facile si l’exercice vous parait compliqué en mode Normal. Nous retrouverons, et ce, seulement dans le mode histoire baptisé Golden Theater, une fonction Undo. L’on pourrait le traduire comme un « effacement d’ardoise » : après une erreur particulièrement gênante, vous pourrez faire un flashback juste avant le dernier cube qui a été déplacé par vos soins. Attention : vous serez limité à un nombre de retours en arrière. Il ne serait quand même pas question de vous laisser finir le jeu à coup d’essais infinis …

   Malgré quelques facilités permises par le jeu, tout est fondé sur un principe terriblement logique. Râler ne sert à rien car tout est de votre faute si un cube ne vous permet pas de monter une nouvelle marche. Votre attention sera aussi remise en cause malgré vos protestations contre un cube piégé : vous étiez prévenu(e)s que des lames allaient sortir du support qui vous a, malencontreusement, tué. Catherine est un véritable test de volonté : pour avoir un score finalement presque parfait, vous voilà face à tableau qu’il faut savoir maitriser, qu’il faut presque connaitre par intuition ou par vos différentes morts. Pour comprendre les tenants et les aboutissants du jeu, les essais et les Retry s’offrent largement aux joueurs méritants. Croyez-le ou non, mais la carotte du scénario vaut largement la peine de se démener et de littéralement comprendre les différentes techniques enseignées par les personnages qui dialogueront avec vous.

Sens Catherine Atlus Console
Le mode histoire est animé par des scènes très graphiques. Un funeste destin est réservé aux perdants et aux déçus du scénario de Catherine …

   Catherine illustre talentueusement son mode histoire par des scènes sorties tout droit d’un anime Japonais. On reconnait là le talent d’Atlus pour un caractère dynamique et esthétique certain. (Les amateurs de la série de jeux de rôle Persona ne pourront dire le contraire.) Ce sont aussi ces moments qui, en fonction de vos choix, changeront sensiblement d’une fin à d’une autre. La durée de vie de la production d’Atlus compte également sur votre combativité pour découvrir les quelques 8 fins différentes!

   En dehors de l’histoire principale, Atlus pense aux joueurs coopératifs ou solitaires qui veulent prouver leurs talents de grimpeur! Pour eux, le mode « Babel » ouvre ses portes avec une difficulté, pour le coup, élevée. A travers 4 niveaux aux caractéristiques différentes, un générateur conçoit des tableaux aléatoires. Votre but est de mettre en applications votre intuition, votre sensibilité, votre manière de vous sortir et atteindre plus de 100 marches. Cela aurait pu être simple si le niveau ne tombait pas, de lui-même, en lambeaux. Le temps jouera contre vous et sera votre principal ennemi pour accomplir une mission qui requiert autant du talent que d’une rapidité intuitive. A côté de cela, le scénario apparait, après tout, d’une plus grande facilité d’autant que la fonction « Undo » et le mode Facile ne seront disponibles dans ce mode …

Une nouvelle franchise « sacrée » et intelligente

   Et si le jeu n’était finalement qu’un support pour apporter un peu de réflexion ? Atlus érige son casse-tête comme une tour de Babel pleine de références. La religion, les métaphores à l’existence, à la vie en communauté, les liens et les propos que l’on tient dans un couple : et si Atlus voulait transformer Catherine en un Essai sur l’adultère, comment l’Homme est-il jugé face à quelque chose de moralement répréhensible et, finalement, sur l’imaginaire de l’Homme ? Les interrogations sont soulevées par les développeurs Japonais; peu de réponses sont apportées et les quelques bribes de réponse sont libres d’être contestées. L’Homme est considéré comme un mouton et ses multiples sens que l’on connait dans notre société moderne. Il est avant tout perçu comme un animal et donc comme espèce … Le raisonnement mérite d’être creusé!

Qui est Astaroth ?
Les questions posées par « La Voix mystérieuse » : un étrange personnage qui révélera tardivement son identité … (Au 9e Jour)

   Lorsque le jeu a été recommandé à un public mature, il a fallu comprendre « un public concerné ». Un public essentiellement aux alentours de la vingtaine et plus si affinité avant quoi les questions n’auraient pas le même sens ni la même perception sensible. Jusqu’à son dénouement, l’histoire délivre quelques brins de son fil d’Ariane. Des surprises malgré quelques faits prévisibles : l’écriture de Catherine ne finit par nous emporter dans le tourment de Vincent … Quitte même à en faire une « affaire personnelle ». Catherine est non seulement vouée à un public semi-adulte mais peut se concevoir comme une véritable initiation. Le parcours est à découvrir, le cheminement a recours à un genre que l’on pensait démodable en dehors des célèbres Tetris, Puyo-Puyo et reprises par des marques fameuses. Plus que quelques marches et … L’interprétation irait presque dans le sens d’une véritable aventure spirituelle : avec un goût de rébellion, Vincent fera tourner la roue Divine pour forcer la chance et littéralement défier les Dieux. Quand bien même le concept de Divinité nous échapperait, Catherine peut placer l’Homme au centre. A condition de jouer, de perdre, de recommencer, encore et encore jusqu’à connaitre la fin de l’un des scénarios.

Mode Extra Rapunzel
« Rapunzel » ou Raiponce en Français est une annexe de … 128 niveaux COM-PLE-XES!

   Le jeu comprend aussi ses faiblesses et des annexes un peu moins engageantes. Rarement une mission annexe d’une réalisation vidéoludique n’aura jamais été aussi complexe. Rapunzel ou Princesse Raiponce en Français est une aventure jouable sur borne Arcade en 64 niveaux dans un premier temps. Ce n’est qu’en récupérant 4 rosaires, 4 objets spéciaux et une fois encore, sacrés, qu’un mode Extra de 64 nouveaux stages se débloqueront. A notre grand regret, non seulement vous serez limité dans vos essais mais chaque niveau obéit à une logique stricte. Une sorte de Puzzle-Game dans le casse-tête (Une mise en abyme) qu’est déjà Catherine, le scénario manque d’être passionnant malgré nos espoirs. Les développeurs Japonais ont rendu l’exercice sous la forme d’un véritable supplice : pas moins de 3 trophées peuvent être obtenus en finissant intégralement les 128 niveaux. N’y aurait-il pas un arrière goût de vice là dedans ?!

Artwork Catherine et Katerine Atlus
Un coup de cœur qui a marqué d’une pierre blanche les consoles PS3 / Xbox 360 !

 Critique Review AvisEn 2012 est paru ce que beaucoup de critiques ont nommé un « OVNI » qui, en réalité, est un jeu rempli de sens sur des bases que tout le monde connait. Plus encore : une part restreinte, ciblée par la catégorie et les questions que soulèvent le jeu, est invitée à prendre la manette pour en saisir une part d’inventivité. Le temps n’a pas d’importance et nous avons eu la chance, après d’âpres demandes, de voir sortir Catherine en Europe. Essayez, jouez le jeu, rentrez dans la peau de Vincent pour, quelque part, vous sentir complètement empêtré dans l’histoire de ce personnage qui forcera le cours des choses. Sous des courbes divines du personnage principal féminin, l’on courbe l’échine pour un véritable coup de cœur marqué sur le Blog La Maison Musée. Définitivement, le jeu vidéo peut sortir des carcans dans lequel on le caricature souvent pour être une expérience stimulante.

On a aimé :

+ Un scénario surprenant.
+ Un jeu qui mêle intelligemment les « genres ».
+ L’exigence et la nécessité de recommencer pour une expérience « parfaite » …
+ Une durée de vie conséquente.
+ Une esthétique remarquable
+ De nombreuses interprétations et de véritables propos censés.
+ Un jeu accessible : mode Facile, fonction « Undo » …

On a détesté :

– Le mode Rapunzel : une torture !
– L’exigence qui sera une difficulté handicapante pour d’autres.

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