[Impressions] A Single Man (2009) – Un désespoir esthétique

OST A Single Man Tom Ford

Tom Ford signe son premier passage derrière la caméra en tant que réalisateur en adaptant l’œuvre littéraire éponyme de Christopher Isherwood A Single Man. L’image ? Le réalisateur Américain la connait à travers son activité principale via la mode et le stylisme; de son travail au retour de la marque Gucci à son passage à la maison Yves Saint Laurent. De là, sort un regard directement répercuté via la caméra : ce goût de la perfection; du détail et une maitrise peu contestable des jeux de lumière et d’ombres pour un résultat d’un esthétisme rare. Entouré de personnalités connues du cinéma; dont Colin Firth dans le rôle principal et Julianne Moore dans l’interprétation de Charley, Tom Ford sonde un sujet difficile pour capturer toute la complexité de la personnalité de George Falconer à travers un Art où chaque scène est digne d’une photographie à la nostalgie dosée. Capture des émotions et saisie d’images au teint de perfection sont-elles des composantes suffisantes pour atteindre les sommets espérés ?

« Devenir George »

En 2009 Colin Firth interprète George Falconer; (Quelques mois avant d’accepter le rôle d’un autre « George » dans Le Discours d’un Roi (2010) ) professeur d’Université de son état. Chaque jour est une journée faite par la souffrance et la perte d’un être cher. Son compagnon Jim (Interprété par Mattew Goode) a perdu la vie dans un funeste accident de voiture et, depuis, George vit à travers la métaphore subtile selon laquelle la perte d’un être cher entraine une partie de nous-mêmes dans cette absence. Telle pourrait être, en substance, l’image de A Single Man : notre personnage principal survit dans les ombres et lumières de la réalisation et, depuis, cette perte se caractérise par un manquement à « l’envie de vivre ». Littéralement, la vie ne vaut pas le coup d’être vécu seul et notre homme, dans un désespoir comme magnifié par une rigueur exceptionnelle des scènes, est saisi dans le prisme d’un Tom Ford qui se révèle, dans les grandes lignes, inégal dans sa réalisation.

Esthétisme Camera Tom Ford
Chaque scène est digne d’un « arrêt sur image ».
Extrait OST A single Man « George Waltz » – http://www.youtube.com/watch?v=PmvjI-7v7y0&list=PLAE18A058F84959D0

L’exploration du personnage de George dans les Etats-Unis encrés dans la Guerre Froide (Digression d’humour sur la menace nucléaire); où l’interdit et les non-dits sur la sexualité sont d’une grande réussite. Que dire de l’ambiance si elle est une rencontre au stade d’une expérience, à voir au moins une fois : face au grand écran, le spectateur se sentira à la fois devant une fresque d’un pessimisme lourd (Dû aux sujets très difficiles du décès et de l’indifférence vis-à-vis du thème de l’homosexualité.) tout en étant bercé par une douceur quasi poétique des différents actes du long-métrage. (Caractère esthétique emprunté à l’Art Asiatique du réalisateur Wong Kar-wai ? (In The Mood for Love) ) Tom Ford réussit un travail complexe : celui de réussir à suggérer bien plus que de s’évertuer à expliquer chaque idée; chaque moment. Pour cela, nous ne pouvons qu’être émerveillé devant ce que l’on qualifierait d’une belle réussite.

« Se réveiller chaque matin est une douleur. »

Critique Review A Single Man
Une maitrise inouïe de la photographie; comme si chaque acteur était comme « scruté » et perçu dans une forte intimité.

Le résultat à l’écran vaut pour beaucoup pour cette approche très particulière de la manière de filmer, prête à se fondre aux personnages. Là où l’ensemble connait un caractère peu égal tient à la manière de gérer ces acteurs devant la caméra. Alors que le spectateur suit un personnage principal que l’on sent énigmatique, d’une incroyable difficulté, Julianne Moore incarne une amie implicitement attendue et amenée par une foule de clichés. Oisive; prise dans la dépression, enchainant cigarettes sur cigarettes, Julianne Moore se fond dans une sorte de contre exemple au film lui-même en nous proposant une vision extrêmement réduite d’une femme, elle aussi, seule. Pour autant, après environ 10 minutes à l’écran, le personnage s’en révèle être un soutien même à la complexité du personnage de George Falconer. En étant essentielle; attendue via le rappel de Flash-Backs ou d’appels téléphoniques, la prestation s’incarne dans un script plat.

Acteurs A Single Man
The Koople ?
Extrait de la bande-son (Scène de danse) : http://www.youtube.com/watch?v=65WoUIo4rAw

Dommage d’autant que notre duo s’offre le luxe d’une danse légère, à l’image de cette rencontre très particulière entre deux envies de vivre coupés de leurs racines Britanniques et une poésie soutenue par une Bande-Son éclatante dans son désespoir. Composée par Shigeru Umebayashi et Abel Korzeniowski, ce sont exactement 19 pistes qui soulignent avec brio le drame aux allures de néant. A tendance classique, faite par les violons, la tension est comblée par les multiples variations possibles de l’instrument. D’un calme désespérant sur Stillness of the Mind; totalement hystérique sur Carlos : chaque morceau est un élan de plus dans une neurasthénie singulière. Malheureusement, elles viennent aussi combler un scénario qui, parfois, tourne à vide dans certaines parenthèses qui se prévalent par leur raffinement, ce goût de la Beauté pour la Beauté. (On pense notamment à la scène du « Smog » et de la rencontre de l’homosexuel Porto-Ricain.)

Ces passages à vide sont également suppléés par des moments devant lesquels on reste dubitatif de leur utilité narrative, tant par leur récurrence que par leur usage. Ce sont de brefs extraits suggestifs de corps d’éphèbes nus : non pas que la nudité soit un problème mais leurs fonctions tiennent d’un choix très particulier dans une réalisation quasi parfaite.

Un néant auquel il faut donner sens

Interpretation A Single Man
L’univers de ces Etats-Unis courant 1960 est rappelé par une justesse de teintes et de sublimes.

D’autres instants; plus suggestifs et d’un intérêt tout autre permettent au film de rappeler qu’il s’agit d’une adaptation faite avec un soin de l’implicite d’une qualité indiscutable. La (sur)vie après la mort est aussi celle de notre personnage central; partagé par des instants du quotidien mis en relief par un jeu de couleurs simples mais d’une efficacité redoutable. Une fois encore, le regard s’arrête chaque partie des acteurs afin de mettre en relief la partie la plus personnelle de chaque acteur, qu’il soit de second plan ou de première importance. Le raffinement de George transparait à travers cette façon très surprenante d’observer proches et individus qui lui sont proches : ici; le sourire de la secrétaire est perçu par une légère saturation du rouge à lèvres; le Bleu tendre et pastel rappelle, via quelques flashbacks disséminés et à l’intérêt narratif indiscutable, la teinte du défunt compagnon …

L’impression des rares couleurs de cette ambiance créée avec un choix extrêmement soucieux des formes; des vêtements; de l’éclairage frôlent un équilibre inouïe. Où certains long-métrages réussissent à recréer une atmosphère d’époque, d’autres composantes ne suivent pas. Ici, Tom Ford retrace avec une justesse admirable une époque particulière sans pourtant être axé dans une caricature d’une époque passée. L’implicite prend place et ce, dans ses ressorts les plus profonds, les plus complexes. De l’impossibilité de rejoindre l’être perdu par ses propres moyens; (Abandon de l’idée de suicide) jusqu’à cette sensation que chaque élément de cette vie est un souvenir impossible à rattraper, incroyablement visible à travers l’élève soucieux de l’état dépressif de George; (Incarné par Nicholas  Hoult (Skins) ) ce fut bien un univers qui avait du sens qui fut construit par la relation George Falconer et Jim.

A la chute de ce qui a été construit, l’âge avancé de notre personnage est également un désespoir face à l’impossibilité de recréer de tels moments d’une intimité élégante, aucunement montrée comme sexuelle entre les deux personnages. (Scène en noir & blanc entre Colin Firth et Mattew Goode; échanges à propos de l’université et de l’interprétation d’un livre …) Pour redonner sens face à l’absence, il y a cette sensation très particulière selon laquelle notre héros cherche une communication; un nouveau sens tout en « devenant George ». Pour combler ce vide existentiel, reste l’échange avec des personnages fictifs sublimés parfois surprenants (Jeune fille au Scorpion) par une saturation intime. (Un œil éclairé soudainement; une bouche devenant éclatante par la force du rouge; le sourire visiblement sincère donné par l’échange de paroles avec George Falconer …)

A Single Man References
Psychose !

Note Critique Cinema A Single Man Tom Ford 2009Face à nous, une œuvre surprenante par son apparence. L’homosexualité, toile de fond, est traitée d’une manière où l’implicite prend forme et sens dans une époque où il s’agissait simplement d’une conception difficilement acceptable. Le résultat frôle une perfection visuelle; moins du côté de certaines idées et choix qui ne rendent peut-être pas un hommage absolu au long-métrage. (En tête : le rôle alloué à Julianne Moore servi à base d’images pré-fabriquées; les scènes « cheveu » sur la soupe des corps nus aux courbes filmées avec attention …)

Sous un regard très équilibré d’une époque qui aurait simplement pu être traitée et tombée, sans le vouloir, dans la caricature, Tom Ford réussit un résultat pertinent entre un aspect très négatif de l’œuvre (Souligné par une Bande-Son Originale conçue et faite pour le film) et une douceur enivrante. A titre d’expérience, A Single Man mérite amplement son appellation de « bon film » en raison, notamment, d’une dimension artistique poussée jusqu’à la perfection de chaque scène. (Chaque seconde pourrait réellement faire l’objet d’une étude et, à priori, servir de photographie. Véritablement.) On restera plus partagé sur la faiblesse du scénario; d’une fin mal trouvée. Toujours est-il que Colin Firth mérite amplement la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine (2009) brillant de délicatesse et assez talentueux dans cette personnalité sibylline.

Nota Bene : Pour avoir vu la Version Originale Sous-Titrée en Français au doublage Français non sous-titré; préférez – assurément – la 1ere option pour apprécier l’émotion de A Single Man.

On a aimé :

+ L’interprétation de Colin Firth.
+ Une OST de choix et composée exclusivement pour A Single Man.
+ Un implicite très évocateur et plus bavard qu’il n’y parait.
+ Une manière de filmer incroyablement esthétique.
+ Douce rencontre d’une mélancolie atténuée par une douceur innée de l’image.
+ L’interprétation possible et le sens à donner à ce personnage de George Falconer.

On a détesté :

– Inutilité narrative pour le spectateur de corps nus et sublimés par l’esthétisme.
– Un scénario, au fond, assez vide.
– Le personnage ultra-cliché de Julianne Moore. (Rôle de Charley – Amie de George)
– La fin …
– Un pessimisme qui, par moments, s’avère difficile. (Scènes peu colorées; OST renforçant cette impression …)

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3 réflexions sur “[Impressions] A Single Man (2009) – Un désespoir esthétique

  1. Je ne te rejoins pas sur les points négatifs, qui sont pour moi soit dérisoire/de faux problèmes (corps nus), soit un potentiel réel point noir justifié par la démarche d’ensemble (on s’accommode bien de ce « vide » et puis, c’est son sujet – le vide du personnage principal). Très bel article sinon.

    1. Je ne le considère pas réellement comme un problème, mais par simple « jugement de valeur », effectivement j’ai trouvé que la répétition de ces scènes n’apportaient pas autant qu’un usage disons … 1 à 2 reprises séparées. Bien entendu, cela permet encore de complexifier la personnalité/pensée du personnage central du récit; mais le spectateur peut rapidement saisir l’allusion avec des allusions plus rapides/moins répétées.

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